Par La Rédaction | Lementor.net
Il y a des moments où les chiffres ne suffisent pas. Où les tableaux de bord, les analyses tactiques et les comparatifs statistiques cèdent la place à quelque chose de plus simple, de plus humain, de plus profond. Ce jeudi 25 juin 2026 à Philadelphie, quand Nicolas Pépé a inscrit le premier but contre Curaçao à la septième minute et que les maquis d’Abidjan ont explosé de joie, quelque chose s’est produit qui dépasse le football. La Côte d’Ivoire a franchi un seuil qu’elle n’avait jamais franchi en vingt ans de participation à la Coupe du monde. Et cela ne s’est pas passé par hasard.
Remontons à juin 2022. Yacine Idriss Diallo est élu président de la Fédération Ivoirienne de Football avec une promesse claire : reconstruire sur des bases solides, professionnaliser l’ensemble de la filière, et ramener les Éléphants là où le peuple ivoirien les attend, sur la plus grande scène mondiale. À ce moment précis, la Côte d’Ivoire venait de rater la qualification pour la Coupe du monde 2022. Elle n’avait pas participé à un Mondial depuis 2014. La sélection nationale était dans un creux profond, sans direction claire, sans projet cohérent, avec des tensions récurrentes entre les clubs, la fédération et les joueurs.
Ce que YID a compris dès le premier jour, c’est qu’une fédération n’est pas seulement une structure administrative qui organise des matches. C’est une institution qui crée les conditions dans lesquelles le talent peut s’épanouir, une organisation qui construit la confiance entre les acteurs, une plateforme qui projette vers l’avenir en s’appuyant sur ce qui existe. Son premier geste a été de nommer Emerse Faé sélectionneur, choix qui avait surpris beaucoup d’observateurs. Un homme de 36 ans, sans expérience de sélectionneur nationale, sans le profil international attendu pour un tel poste. Un pari. Un pari réfléchi.
Le choix de Faé n’était pas anodin. Il disait quelque chose sur la vision de YID. Il préférait un homme qui connaissait les joueurs de l’intérieur, qui avait vécu ce qu’ils vivaient, qui comprenait la complexité psychologique de porter le maillot national, à un technicien étranger imposant son système sans comprendre la réalité ivoirienne. Faé n’avait pas besoin d’apprendre la Côte d’Ivoire. Il était la Côte d’Ivoire. Et cette connexion intime entre le sélectionneur et ses joueurs a produit précisément ce qu’on peut voir dans ce groupe : une cohésion, une confiance mutuelle, une disponibilité collective qui ne s’achète pas et ne se décrète pas.
Mais YID n’a pas seulement nommé Faé. Il a créé les conditions dans lesquelles Faé pouvait travailler. Les chiffres de la FIF sous sa présidence disent l’ampleur de la transformation. Le nombre de clubs affiliés est passé de 394 en 2022 à 673 en 2025, soit une hausse de 70 % en trois ans. Le nombre de matches organisés sur la même période a plus que doublé, passant de 1 890 à 4 083. Les subventions aux clubs ont été multipliées. Un plancher salarial a été instauré pour les joueurs professionnels. Des infrastructures d’entraînement ont été réhabilitées. Le Centre Technique National a été modernisé. Et un programme de formation des entraîneurs locaux a été développé pour que le renouvellement du vivier ne dépende pas du seul hasard de la diaspora.
Ce travail de fond, invisible dans les colonnes des résultats mais fondamental dans la production des résultats, c’est ce qu’on appelle le management par la vision. YID n’a pas géré la FIF comme une institution en attente de ses prochaines élections. Il l’a gérée comme un projet de long terme dont chaque décision s’inscrit dans une cohérence d’ensemble. La qualification des Éléphants pour la Coupe du monde 2026 avec 26 points en qualifications, meilleure différence de buts de toutes les équipes africaines, zéro défaite sur l’ensemble de la campagne, est la traduction sportive de cette cohérence institutionnelle. On ne produit pas ce type de résultat sans une base solide.
Il y a aussi la gestion de l’environnement médiatique et populaire. YID a su maintenir autour de la sélection une bulle de sérénité que les fédérations africaines gèrent rarement bien. Quand les critiques montaient sur les choix de Faé, sur la composition de l’équipe, sur les absences de certains joueurs, la FIF n’a pas paniqué. Elle n’a pas cédé aux pressions des réseaux sociaux. Elle a fait confiance à son sélectionneur, lui a accordé le temps et l’espace nécessaires pour construire son projet, et l’a soutenu publiquement dans les moments de doute. Cette stabilité institutionnelle est l’une des choses les plus rares et les plus précieuses dans le football africain.
Sur le terrain, le management de Faé a été exemplaire. Sa gestion du groupe large, sa rotation intelligente qui permet à chaque joueur de se sentir impliqué et préparé, sa capacité à trouver les ressources dans son banc dans les moments décisifs comme Amad Diallo qui entre et inscrit le but de la victoire contre l’Équateur à la 90e minute, sa préparation méticuleuse de chaque adversaire, sa communication sobre et directe avec ses joueurs : tout cela dit un coach qui a une vision de ce qu’il veut et qui sait comment la transmettre.
Et Nicolas Pépé qui inscrit un doublé contre Curaçao pour valider la première qualification historique de la Côte d’Ivoire pour les huitièmes de finale d’une Coupe du monde est peut-être le symbole le plus fort de tout ce projet. Un joueur qu’on avait abandonné. Que beaucoup voulaient exclure de la liste des 26. Que YID et Faé ont défendu, rappelé, intégré au groupe non pas parce qu’il avait les meilleures statistiques de la saison mais parce qu’ils avaient vu quelque chose en lui que les statistiques ne capturent pas. Un état d’esprit. Une expérience. Une maturité. Et ce joueur-là, ce soir à Philadelphie, a rendu à la Côte d’Ivoire la monnaie de leur confiance avec deux buts qui resteront dans l’histoire.
La vision de Yacine Idriss Diallo pour le football ivoirien ne s’arrête pas aux huitièmes de finale d’un Mondial. Elle regarde plus loin. Vers les compétitions interclubs de la saison 2026-2027 pour lesquelles la Côte d’Ivoire a obtenu quatre places, ASEC Mimosas et FC San Pedro en Ligue des Champions, AFAD Plateau et CO Korhogo en Coupe de la Confédération. Vers l’AGE de la FIF le 12 septembre qui redéfinira la gouvernance de la fédération. Vers les futures générations de joueurs que le programme de développement lancé depuis 2022 est en train de former dans les académies et les clubs du pays.
Ce soir, les Éléphants sont en huitièmes de finale de la Coupe du monde. La Côte d’Ivoire football n’est plus ce qu’elle était en 2022. Et Yacine Idriss Diallo, avec la discrétion de celui qui préfère les résultats aux discours, peut regarder ce qui se passe à Philadelphie avec la satisfaction tranquille de celui qui a fait son travail.
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