Par La Rédaction | ementor.net
Le chef de l’opposition bissau-guinéenne Domingos Simões Pereira, président du Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert, le PAIGC, a été autorisé à quitter la Guinée-Bissau pour le Portugal afin d’y recevoir des soins médicaux spécialisés. Cette décision de la justice militaire ne met pas fin à sa détention provisoire. Son dossier sera réévalué dans un délai de trois mois. Durant son séjour au Portugal, il reste soumis aux restrictions imposées par la justice militaire qui lui interdit toute prise de parole publique.
Arrêté le 10 juillet 2026 dans le cadre d’une enquête portant sur une présumée tentative de coup d’État survenue en 2025, l’ancien Premier ministre et candidat à la présidence de la République a été conduit sous escorte jusqu’à l’aéroport international de Bissau avant d’être transféré à Lisbonne. Il a été accueilli par des membres de la communauté bissau-guinéenne de la capitale portugaise et a déclaré à son arrivée qu’il rentrerait dans son pays dès que son état de santé le permettrait afin de reprendre ses activités politiques. Il suivra son traitement dans un établissement de la Croix-Rouge portugaise selon les informations communiquées par les autorités judiciaires.
Pour comprendre ce que représente cette affaire dans le paysage politique de la Guinée-Bissau, il faut rappeler qui est Domingos Simões Pereira. Né en 1964 à Quebo, il est l’une des figures politiques les plus importantes du pays depuis plusieurs décennies. Ancien Premier ministre à deux reprises, entre 2005 et 2007 puis entre 2014 et 2015, il préside le PAIGC depuis 2013, le parti historique fondateur de l’indépendance du pays en 1974. C’est lui qui avait conduit le PAIGC à la victoire aux législatives de 2019, donnant à l’opposition une majorité parlementaire. C’est lui qui avait été le candidat le mieux placé de l’opposition à la présidentielle de 2024, finissant deuxième au premier tour avant d’être battu au second tour par Umaro Sissoco Embaló dans un scrutin dont les résultats avaient été contestés. Son arrestation le 10 juillet 2026 sur des accusations de tentative de coup d’État que son avocat qualifie de fabrication politique dit la nature des tensions entre la présidence Embaló et l’opposition parlementaire du PAIGC.
La Guinée-Bissau est l’un des pays africains dont l’instabilité politique chronique est la mieux documentée. Depuis son indépendance en 1974, le pays a connu neuf coups d’État ou tentatives de coup d’État, plus d’une vingtaine de gouvernements différents et de nombreuses périodes de crise constitutionnelle. Cette instabilité structurelle a empêché le développement économique d’un pays qui dispose pourtant de ressources significatives : cashew en quantité, réserves de pétrole offshore encore sous-exploitées, façade maritime avec l’archipel des Bijagos. Le PIB par habitant de la Guinée-Bissau reste parmi les plus bas d’Afrique de l’Ouest malgré ces atouts, victime directe de décennies de gouvernance défaillante et de cycles de violences politiques.
L’arrestation de Pereira s’inscrit dans ce contexte structurel mais prend une dimension particulière par son timing. Elle intervient à un moment où la relation entre le président Embaló et le PAIGC, qui dispose d’une majorité à l’Assemblée nationale, est au plus bas depuis 2019. Embaló avait dissous le parlement en 2022 en invoquant une crise politique, avant d’organiser de nouvelles élections que le PAIGC avait boycottées partiellement. La convocation de Pereira devant la justice militaire sur des accusations de complot contre l’État dit que la présidence cherche à neutraliser judiciairement l’opposition parlementaire la plus organisée. C’est une méthode que les démocraties africaines sous pression executive ont trop souvent utilisée avec les mêmes arguments : l’accusation de complot, qui ne nécessite pas de preuve tangible immédiate, permet une détention provisoire longue qui éloigne l’adversaire du terrain politique.
Son avocat Me Saïd Larifa dit sans détour ce que pense la défense de toute cette procédure : les poursuites visent à neutraliser son client sur la scène politique. Il annonce le recours à tous les moyens judiciaires, diplomatiques et politiques pour obtenir l’annulation des décisions prises à son encontre. Cette déclaration dit que l’affaire ne se jouera pas seulement devant les tribunaux bissau-guinéens. Elle se jouera dans les couloirs diplomatiques, auprès de la CEDEAO dont Diomaye Faye est désormais le président en exercice, auprès de l’Union africaine, et auprès des partenaires internationaux du Portugal, de la France et de l’Union européenne qui financent une part importante du budget de l’État bissau-guinéen et qui disposent d’un levier réel sur les comportements du gouvernement Embaló.
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