Par La Rédaction | Lementor.net
Le samedi 25 avril 2026 restera dans l’histoire du Mali et de l’Afrique de l’Ouest comme une date charnière. Ce matin-là, à l’aube, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, connu sous son acronyme GSIM et affilié à Al-Qaïda, a lancé conjointement avec les rebelles touareg du Front de libération de l’Azawad une offensive coordonnée d’une envergure sans précédent depuis 2012. Sept localités ont été visées simultanément : Bamako la capitale, Kati où se trouve la plus importante base militaire du pays, Kidal dans le nord, Gao, Sévaré, Mopti et Bourem. Une opération de cette ampleur, touchant à la fois le cœur du pouvoir à Bamako et les bastions historiques de la rébellion dans le nord, nécessite une planification longue, des ressources considérables et un réseau de renseignement qui a su pénétrer les dispositifs sécuritaires maliens et russes.
Le coup le plus symboliquement dévastateur a été porté à Kati. À l’aube, un attentat kamikaze au véhicule piégé a détruit la résidence du colonel Sadio Camara, ministre de la Défense nationale. Camara est mort dans l’explosion. C’est la première fois depuis le début de la guerre contre les groupes jihadistes au Mali qu’un membre du gouvernement en exercice est tué dans une attaque directe sur son domicile. L’information a été démentie dans un premier temps par des sympathisants de la junte sur les réseaux sociaux, avant d’être officiellement confirmée le 27 avril par le porte-parole du gouvernement malien, le général Issa Ousmane Coulibaly, à la télévision nationale. Deux jours de deuil national ont été décrétés.
Toujours à Kati, des assaillants vêtus d’uniformes militaires maliens sont entrés en ville avec des motos et des pick-up peu après l’explosion. Le camp Soundiata Keïta, quartier général des forces armées maliennes, a été partiellement attaqué. Le chef de la junte, Assimi Goïta, a été exfiltré d’urgence. La capitale Bamako a vécu des combats dans ses rues et aux abords de l’aéroport international pendant plusieurs heures. Des vols civils ont été annulés. La panique s’est emparée de la ville.
Dans le même temps, à Kidal, ville symbolique du nord dont l’armée malienne avait affirmé reprendre le contrôle en 2023 avec l’appui des mercenaires de l’Africa Corps russe, le Front de libération de l’Azawad a déclaré avoir pris le contrôle de la ville à l’exception de la base militaire. Le 1er mai, soit six jours après le début de l’offensive, les rebelles du FLA ont pris les camps militaires de Tessalit et d’Aguel’hoc, abandonnés sans combat par les forces russo-maliennes. La valeur symbolique de ces reprises est immense : Tessalit et Aguel’hoc avaient été au cœur des opérations militaires françaises dans le cadre de l’opération Serval en 2013, et leur abandon par les forces qui avaient pourtant proclamé la victoire sur les rebelles représente un cinglant démenti aux discours triomphalistes de la junte.
Le bilan humain reste difficile à établir avec précision, en raison de la politique de communication de la junte qui contrôle strictement les informations en provenance des zones de combat. Les autorités maliennes ont officiellement reconnu « plus de 200 terroristes neutralisés », un chiffre contesté par les observateurs indépendants. Une source hospitalière a rapporté à l’AFP vingt-trois morts civils et militaires dans les seuls combats de Kati. L’Africa Corps russe, de son côté, a revendiqué plus de mille terroristes tués, un chiffre jugé fantaisiste par les analystes militaires. Ce que l’on sait avec certitude, c’est qu’un hélicoptère Mi-8 de l’Africa Corps a été abattu dans la région de Gao avec son équipage.
Ce qui rend cette offensive particulièrement significative sur le plan stratégique, c’est la coordination inédite entre le GSIM jihadiste et le FLA indépendantiste touareg. Ces deux forces poursuivent des objectifs idéologiques radicalement différents : l’un veut imposer un califat islamique, l’autre revendique l’indépendance de l’Azawad. Leur alliance tactique contre la junte malienne et ses alliés russes illustre que l’ennemi commun a suffi à dépasser les divergences programmatiques. C’est une leçon que les analystes sécuritaires avaient théorisée depuis plusieurs années mais que l’on observe ici pour la première fois à cette échelle.
L’offensive d’avril 2026 porte un coup sévère à la narrative que la junte malienne et ses partisans avaient construite depuis le coup d’État de 2021 : celle d’un pouvoir militaire plus efficace que les gouvernements civils précédents, appuyé par les experts russes de l’Africa Corps, capable de reprendre le contrôle du territoire et de régler le problème sécuritaire que la présence française n’avait pas résolu. L’expulsion de la force française Barkhane en 2022, présentée comme une victoire de la souveraineté, devait ouvrir la voie à une nouvelle ère sécuritaire. Quatre ans plus tard, Bamako est attaquée, son ministre de la Défense est mort dans son lit, et des villes du nord reprises au prix de lourds sacrifices humains sont à nouveau aux mains des rebelles.
Pour l’Alliance des États du Sahel dans son ensemble, cette offensive est un moment de vérité. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger avaient fondé leur rapprochement en partie sur le rejet des tutelles étrangères et la conviction que leur coopération militaire propre, avec l’appui de la Russie, produirait de meilleurs résultats que les partenariats avec la France et l’Occident. Si le Mali, membre fondateur et État le plus peuplé de l’AES, ne peut pas protéger sa propre capitale, c’est toute la crédibilité sécuritaire du projet AES qui est remise en question.
La question qui hante désormais les chancelleries ouest-africaines et les organismes de sécurité régionaux est celle-ci : si la junte malienne, soutenue par les Wagner russes devenus Africa Corps, n’est pas en mesure de tenir le territoire, qui le fera ? Et dans quel cadre ? La CEDEAO, mise à l’écart depuis les coups d’État, n’a ni la légitimité ni les moyens d’intervenir. L’ONU réduit sa présence depuis la fin de la MINUSMA en 2023. La France est partie. L’Union européenne cherche ses marques. Le vide sécuritaire que l’offensive du 25 avril a rendu visible est immense. Et il n’y a, pour l’instant, personne pour le combler.
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